Monuments et sujets remarqués par « La Costelle »

Le tableau de Saint-Blaise, Saint-Antoine et Saint-Roch :

Le tableau de Saint-Blaise, Saint-Antoine et Saint-Roch.

Description

C'est une peinture à l'huile sur toile de grande dimension : 4,8m de haut sur 2m de large, attribuée à Thomas Mathis, entourée d'un cadre de chêne doré, qui se trouve au fond du collatéral nord de l'église, au dessus des fonts baptismaux. Comme tout le mobilier de l'église, il appartient à la municipalité.

Il représente, dans sa partie supérieure, Saint-Blaise (qui vécut au IVèmesiécle en Cappadoce) en costume épiscopal assis au milieu d'angelots. Il tient dans sa main gauche deux cierges en croix, rappelant ainsi que, en cas de maux de gorge, on obtient guérison en l'invoquant tandis qu'on tient deux cierges croisés devant la gorge du malade. On l'invoque aussi pour la bénédiction des troupeaux, d'où les deux têtes de bœufs (difficilement visibles) sous le bas de sa crosse à gauche.

En bas, à droite, Saint-Antoine à la barbe broussailleuse, couvert de la haire (vêtement de mortification en crin), vénérable anachorète qui vécut au IIIème siècle en Égypte. Il est connu par ses combats contre les démons et l'ordre des Antonins fondé au XIéme siècle se réfère à lui. Ses attributs sont le bâton d'ermite dont le haut est en forme de lettre tau (T majuscule), le livre contenant la règle de l'ordre et la clochette affirmant la liberté de pâture qu'avaient les cochons de l'ordre dont un apparaît près de son pied droit. Les Antonins avaient la médecine pour vocation et étaient réputés pour soigner particulièrement l'épilepsie, la syphilis et surtout le « feu sacré » ou « feu des ardents » provoqué par l'ergot du seigle. On trouve Saint-Antoine mis en valeur près de nous sur le Retable d'Issenheim qui lui est dédié et que l'on peut voir au musée Unterlinden de Colmar.

En bas à gauche, on reconnaît, Saint-Roch, originaire de Montpellier au XVème siécle, est le protecteur des pestiférés, malades et handicapés. Il est reconnaissable à sa tenue de pèlerin (large chapeau plat, cape et bourdon – bâton – qu'il tient à la main). La plaie qu'il laisse voir à sa jambe et le chien (roquet) qui vient de lui apporter du pain et se tient à son côté en sont aussi des attributs.

NB : La célèbre La Légende Dorée de Jacques de Voragine (au XIIIème siécle) nous conte les histoires de Saint-Blaise et Saint-Antoine.

L'inscription dans le coin inférieur droit.

Dans le coin inférieur droit, on peut lire la date 1785 et les noms des donateurs : Cuny et Perrottey, Prêtres et Antoine Cuny, père., mais on ne trouve pas de signature du peintre.

Le cadre de chêne doré, de style Louis XVI est contemporain, par sa technique de dorure et son décor de grecques, de la peinture du tableau. Ses côtés qui ne sont pas dorés devaient donc être cachés et présentent de nombreuses mortaises. La traverse basse est incurvé en son centre. Il est légitime donc de s'interroger sur les étapes de la réalisation de l'ensemble :

Cette question très intéressante est sans réponse pour le moment. Le curé Vichard qui ne parle pas du cadre écrit :« Le Grand tableau posé au fond du cœur a été donné par...» et il rappelle les noms listés plus haut. Aurait-il utilisé le terme de posé si le tableau avait été inscrit dans un ensemble monumental boisé que Thomas Mathis, qui a réalisé par ailleurs deux autels, était parfaitement capable de réaliser, cadre doré compris.

Ce tableau est inscrit à l'Inventaire des Monuments Historiques, de même que son cadre de bois doré depuis le 19 juin 1968.

NB : La base Palissy (base de données documentaires mises en œuvre par la Direction de l'Architecture et du Patrimoine du Ministère de la Culture) donne pour peintre un certain Félix Munier, de Lunéville, ancien peintre ordinaire du roi Stanislas, inconnu à ce jour sur Internet. C'est évidemment une erreur que La Costelle s'efforce de faire corriger.

Histoire du tableau

L'église de Fraize, entièrement détruite par un incendie le 6 février 1782, fut reconstruite dès 1783.

Dans ses notes de fin de l'année 1785, le curé Vichard (page 132 du manuscrit consultable sur le site de La Costelle) indique : « En cette année, [...] le grand Christ a été fait au Belrepaire chez François Petitdemange par Mathis, allemand de nation pour le prix de quatre louis payés par François Petitdemange et Joseph Houssemand du dit Belrepaire. [...] Le Grand tableau posé au fond du chœur a été donné par le Sr Antoine &nnbsp;Perrottey ancien curé d'Aubure, de cette paroisse, par le Sr François Cuny prémissaire à Fraize, et Antoine Cuny son père, il a été peint par le dit Mathis ». Il ajoute dans ses notes de fin de 1787 (page 235 du manuscrit) : «L'autel de St‑Nicolas a été fait cette année par Mr Mathis Thomas allemand de nation pour la somme de vingt huit louis et vingt quatre planches de chêne fournies par le Sr Curé. ».

Ainsi, la paternité de l'œuvre est‑elle, sans doute aucun, attribuable à Thomas Mathis.

Daté de 1785 mais non signé, le tableau fut placé en ornement derrière le maître-autel, dans l'abside de l'époque qui ne comportait pas de fenêtres.

L'éclat de bois dans le ventre de Saint-Roch.
L'éclat de chêne ; 
sur la droite, l'amorce du brin de laine qui, pendant 167 ans, l'a maintenu contre le ventre de St-Roch.

C'est là qu'en 1851, un éclat de bois arraché au portail par un orage ayant foufroyé l'église, après avoir traversé la nef sur toute sa longueur, s'est planté dans la toile au niveau du ventre de Saint-Roch. Il y resta jusqu'à notre restauration de 2020 !

Cet éclat de chêne d'environ 20 cm de long porte la mention manuscrite : «Morceau de la grande porte lancé dans ce tableau par le tonnerre en 1851, le 11 mai à 8 h du soir.». Il sera très prochainement exposé à la vue des visiteurs dans un présentoir à proximité du tableau.


Lisez la narration de cet événement qu'en fit Jean-Baptiste Haxaire

Le 11 mai 1851 : Chute de la foudre sur l'église de Fraize entre 7 et 8 heures du soir. On était au mois de Marie. Depuis un instant, le prêtre était en chaire qui récitait la prière du soir. Tout le monde était à genoux. J'avais pris place sous la tribune de l'orgue, dans le dernier banc de la grande ligne. Nous étions trois dans ce banc : Un nommé Marequé des Aulnes était à ma gauche ; mon ouvrier Husson, d'Orbey, était à ma droite ; tous trois à genoux, nous avions les coudes sur l'appui du banc et le menton sur les mains ; nous n'étions en contact que par les coudes seulement. Tout à coup, un violent coup de tonnerre éclate, tombe sur l'église et cause beaucoup de dégâts en foudroyant deux individus. Je me souviens bien d'avoir entendu un léger craquement de la foudre, mais ayant été atteint par elle et étant comme assommé, je n'ai pas entendu la violence du coup comme les personnes non atteintes par le fluide. Lorsque les sentiments me sont revenus, j'avais la tête sur l'appui du banc et les bras pendants ; j'étais comme paralysé, je ne pouvais plus bouger et je ne savais pas ce qui venait de se passer. Il y avait tumulte dans l'église, les enfants appelaient leurs parents ; ceux-ci appelaient et cherchaient leurs enfants. Me sentant très mal et ne pouvant plus respirer, j'ai fait bien des efforts pour réussir à me mettre debout. Etant debout, j'ai remarqué comme une couronne de fumée qui se balançait à peu près à hauteur de figure et qui semblait venir à moi ; je me suis renversé en arrière pour l'éviter. Pendant ce mouvement, j'ai remarqué Marequé, mon voisin de gauche, couché la face contre terre et le dos en l'air. Il était foudroyé mais je ne le savais pas encore. Au même moment, j'ai entendu mon ouvrier qui criait : « Mon Dieu, ma jambe ! Mon Dieu, ma jambe ! ». Il était couché sous le banc. Je n'avais plus guère de force mais j'ai fait tout ce que j'ai pu pour le relever et l'asseoir sur le banc. J'étais épuisé et je croyais à chaque instant que j'allais tomber. Je voulais sortir de l'église, mais je n'en avais pas la force. J'ai saisi à deux mains par le dos, pour me soutenir, un homme qui sortait de l'église ; cet individu s'est laissé faire sans mot dire.

Arrivé sur le portail de l'église, ma respiration s'est rétablie et je me suis trouvé beaucoup mieux. Je suis rentré à l'église pour secourir mon ouvrier, mais il était sorti par une autre porte. Pendant que j'étais à sa recherche, on a crié : « Le feu est à l'église ! ». A ce cri et comme pompier, mon devoir était au service des pompes. Je suis venu au village pour les chercher et j'excitais de toutes mes forces les bien-portants à faire diligence. Devant chez M. Salmon, j'ai rencontré la première pompe ; je l'ai fait arrêter pour monter dessus parce que j'étais à bout de force. Je n'ai pu monter, mais j'ai fait partir la pompe sans moi. Dillenseger qui était à cette pompe m'a donné le bras pour me ramener à l'église. Tout faible que j'étais, j'ai encore tenu la lance et éteint le feu.

Le feu éteint, j'ai été obligé de me faire ramener chez moi. Un instant après ma rentrée, mon ouvrier est revenu aussi. J'étais tellement mal que j'ai fait venir le docteur Batremeix pour nous donner des soins. Il nous a fait prendre du café noir, qui a produit un bon effet. Nous sommes revenus à l'église et nous sommes restés longtemps avec les hommes de garde. Ensuite, nous nous sommes promenés dans Fraize jusqu'à minuit. Nous sommes revenus à la maison.

J'avais de la pommade camphrée, l'idée m'est venue de nous frictionner les bras et les jambes. Cette opération nous a fait grand bien, ce qui nous a permis de monter la garde le restant de la nuit avec les autres.

A 5 heures du matin, nous avons reconduit le matériel des pompes au magasin, puis je suis venu me préparer pour aller à la messe de service de mon père qui avait lieu ce jour-là. En changeant de linge, j'ai remarqué que j'avais le côté gauche brûlé et aussi les deux bras depuis l'épaule jusqu'au parement des manches ; ces brûlures ressemblaient à des zébrures faites avec la pointe d'une aiguille et légèrement saillantes. Ces marques ont disparu au bout de trois jours.

Beaucoup de personnes qui étaient à l'église ont reçu des commotions plus ou moins fortes et quelques-unes, comme moi, ont eu des brûlures.

La foudre a abattu un des angles de la corniche supérieure de la tour ; quatre ou cinq morceaux ont été jetés bas, dont un de 200 kilos environ. La porte du portail a été endommagée ; celle qui sépare la tour de la nef a été en partie fracturée ; un des éclats de cette porte a traversé la longueur de la nef et est allé s'implanter dans la poitrine de Saint-Roch qui est au bas du tableau de Saint-Blaise derrière l'autel ; les autres éclats sont restés répandus le long de la grande allée.

La stalle de Monsieur le Curé et la boiserie du chœur ont été écartées du mur, mais sans fracture ; le jambage de gauche de l'arc triomphal a été perforé obliquement à la hauteur de l'appui de communion, comme par un trou de balle. L'orgue a été mis hors de service. Le plafond de la tribune a été fortement endommagé. Un grand nombre de trous sur les murs à l'intérieur indiquent le passage du fluide électrique ; à l'extérieur, dix mètres superficiels de ramée sur le chœur ont été enlevés d'un seul morceau. C'est au-dessus de cette ramée, dans la sablière, que la foudre avait communiqué le feu.

La faîtière de la toiture, qui est en fer blanc, a été parcourue d'un bout à l'autre par la foudre ; elle avait relevé un angle de chaque feuille alternativement à droite et à gauche. Un chevron du versant du midi a été chaufriné dans toute sa longueur, moitié d'un côté et moitié de l'autre. Verticalement, au-dessous de ce chevron, et à 3 mètres au-dessus du sol, le mur de la nef, de 85 centimètres d'épaisseur, a été percé comme par un trou de balle ; à l'intérieur, sous ce trou, le fils Schauffauser, âgé de 16 ans, a été foudroyé. Mon voisin de gauche a été foudroyé aussi. L'aîné des fils de Toinon du Chêneau, atteint comme moi par le fluide, est mort quinze jours après. Des personnes ont dit que c'était par suite de la peur ; cela peut être vrai.

Un jeune homme qui était à l'orgue, chaussé de brodequins laçants, a été déchaussé d'un pied. Beaucoup de personnes ont reçu des contusions.

De ma souvenance, c'est la deuxième fois que la foudre tombe sur notre église.

Lisez la narration de cet événement qu'en fit Joseph Haxaire

Dimanche 11 mai 1851.

La journée avait été moyenne, quelques ondées accompagnées d'un vent froid du sud-est faisaient de cette journée comme de toutes celles qui s'étaient écoulées depuis quelques temps une journée funeste au bien de la terre.

Un coup de tonnerre s'était fait entendre pendant le sermon à la grand'messe mais, faible et sans suite, il passa inaperçu.

Le soir, le ciel s'était encore chargé de gros nuages d'une couleur livide et sombre, le vent reprenait insensiblement de la force mais, dans une saison si peu avancée et par une journée plus froide que chaude, l'aspect du ciel n'avait rien de trop menaçant, ni rien qui pût faire présager la terrible catastrophe dont nous avons tous failli être victimes.

Le coup de la prière sonna à 7 heures et demie comme d'habitude mais, soit prudence ou autre chose, on le sonna déjà bien court. J'étais déjà à l'église au bas de la petite porte des hommes, la nuit semblait s'approcher plus rapidement, on entendit le vent gémir dans les vitraux et, de temps en temps, les portes avec force faisaient retentir la voûte sainte de leurs fracas. Je m'attendais à une forte averse et je déplorais mon peu de vigilance d'être parti sans parapluie ; quelques éclairs venaient subitement éclairer j'église et les fidèles rassemblés pour la prière, ensuite le roulement prolongé du tonnerre se faisait entendre et une subite inquiétude me tourmenta. Je regrettais presque d'être venu à la prière et je me trouvais mal à mon aise.

Monsieur le curé venait d'achever le symbole quand, tout à coup, une détonation effroyable se fit entendre, la foudre venait de tomber sur l'édifice. Une comparaison aurait de la peine à rendre l'idée du fracas affreux qui retentit un instant sous les voûtes saintes.

Plusieurs idées subites me traversaient l'esprit, idées instinctives comme toutes celles qui surgissent spontanément en face d'un péril inattendu et imminent. On était trop terrifiés pour invoquer sur le champ le secours de la raison. Je compris la foudre, je compris ses effets, mais il me semblait de bonne foi qu'une partie de l'édifice religieux venait de s'écrouler et je ne compris pas d'abord autrement les craquements horribles qui semblèrent foudroyer la foule en masse et lui ôter la vie et le mouvement.

Moi, lors même que je ne crains pas le tonnerre, je fus comme tout le monde, étourdi du coup. Un silence de mort régnait sur l'assemblée, la voix du prêtre avait cessé de se faire entendre, les cierges qui éclairaient l'autel de Marie avaient pâli, une fumée épaisse et suffocante envahissait l'enceinte du sanctuaire, le sang semblait s'arrêter dans sa course, les battements de cœur étaient paralysés. Nul ne pourrait dépeindre ce tableau d'un instant, il faut l'avoir vu pour le comprendre.

Mais cet instant fut court, il ne fit qu'apparaître. Bientôt des cris déchirants s'élevèrent de toutes les places où chacun était tenu comme cloué. « Mon Dieu, mon Dieu, sauvons-nous » disaient les uns. « Mon Dieu, mon Dieu, sauvez-nous » disaient les autres.

Hommes, femmes et enfants s'étaient levés et se dirigeaient vers les issues dans le plus grand désordre et la plus grande confusion.

Chacun ne pensant d'abord qu'à son propre salut s'empressait de fuir, puis, retenu ensuite par le sentiment filial, les membres d'une même famille s'appelaient, se cherchaient. Des mères éplorées demandaient leurs enfants, des enfants à grands cris demandaient leurs mères. L'église offrait une vraie scène de désolation.

Aux premiers cris, mes yeux se portèrent sur la chaire où était Monsieur le curé un instant auparavant. Je ne le vis plus. Je crus qu'il avait été précipité et que c'était sa chute qui était le motif des cris que j'entendais. Je ne fus pas trompé longtemps et je compris bien vite de quoi il s'agissait. D'un bond, je m'élance, je m'ouvre un passage à travers la foule et je viens m'enquérir de l'état de ma femme. Je lui dis de se tenir tranquille et que j'allais voir ce qui s'était passé en dehors et qu'ensuite je reviendrais la rejoindre. Je sortis avec peine tant la foule se précipitait compacte et serrée. Je ne vis rien que la ramée dans l'un des arcs-boutants des murs qui était détaché. Je rentrai aussitôt, mais le désordre et l'effroi s'étaient encore accrus. Les cris « Au feu à l'église ! » avaient fini de mettre le comble à la consternation.

C'est qu'en effet, la foudre venait de communiquer le feu à la toiture de l'un des angles du chœur ; la pluie qui tombait partout empêcha l'incendie de faire des progrès rapides et heureusement car, sans cela, Dieu seul sait ce qui serait advenu.

Il faut que le nuage qui portait dans ses flancs la foudre fût excessivement chargé d'électricité pour fournir la matière de tous les ravages causés à notre église.

D'après la version la plus accréditée, la foudre, s'étant concentrée sur la croix du clocher au moment de la détonation, glissa le long de cette croix, puis suivit l'angle Nord-ouest du dôme, car tous ces angles sont couverts en fer-blanc, ce qui frayait un chemin inoffensif à l'électricité, mais, parvenue au sommet de la tour, le métal conducteur lui fit défaut et, cherchant à toute force un passage, le fluide brisa l'angle de la corniche qui forme le couronnement de la tour et précipita plusieurs énormes blocs de pierre qui s'enfoncèrent dans le sol ; de là, le fluide électrique gagna l'étage des cloches, suivit un des fils de fer qui font se mouvoir les marteaux de la sonnerie de l'horloge et le réduisit en vapeur d'un bout à l'autre. C'est ainsi qu'il atteignit l'horloge qu'il n'endommagea point mais, à l'étage inférieur se trouvait un chandelier tout en fer et armé de plusieurs pointes, le fluide se précipita dessus en laissant une trace oblique sur le mur.

Puis, de là, soulevant des planches des deux planchers du premier étage, descendant sous la tour, le fluide électrique se divisa et poursuivit différentes directions. Au bas de la tour, les murs portent partout les traces du passage de la foudre : La porte d'entrée fut enfoncée et un éclat considérable témoigne de son passage de l'intérieur à l'extérieur, l'entrée de la serrure de la même porte fut de même arrachée et aussi une extrémité d'une bande fixée par de gros clous rivés qui fut arrachée, plus encore un verrou qui est perdu et qui n'a pas encore été retrouvé, dit-on.

On ne sait pas comment le fluide électrique s'est introduit dans l'orgue, mais il est certain qu'il s'y est engagé dans différents sens puisque partout il l'a dégradé et mis complètement hors de service.

Une portion assez grande du lambris de la tribune a été déchirée pour livrer passage au fluide et c'est alors seulement qu'il a commis les dégâts les plus déplorables car, en descendant le long d'un premier pilier qui commence à partir de la face, il a tué là un homme, le nommé Jean-Baptiste Saint-Dizier des Aulnes, brave et honnête homme, père de famille qui, par bonheur, ne laisse point de misère.

Mon frère était voisin de cet homme ; il ne fut point abattu mais la commotion fut assez forte pour lui ployer la partie supérieure du corps sur la stalle en face et lui causer des lésions assez vives dans le système nerveux des jambes et surtout des pieds. De plus, il a eu les côtés latéraux de la poitrine contusionnés et Dieu soit loué de ce qu'il en ait été quitte à ce prix. Quel malheur s'il eût éprouvé le même sort que son voisin.

Joseph, notre ouvrier, qui se trouvait près de mon frère, fut renversé sous les bancs, mais sans mal et sans blessure qu'une paralysie momentanée des jambes qui, d'ailleurs, disparut au moyen de frictions réitérées.

De là, le fluide s'élança à une hauteur un peu plus forte que celle de la tête des assistants et alla frapper un peu en dessous de la deuxième fenêtre de la nef à partir du chœur ; là il traversa le mur en faisant une nouvelle victime en la personne du jeune Schaffhauser, jeune homme de 15 ans, aspirant à l'Ecole des Arts et Métiers de Châlons et qui promettait beaucoup. En sortant de l'autre côté de la muraille, le fluide s'éleva directement, rencontra un chevron qu'il suivit en rejetant la maçonnerie au-dedans et déchira fortement une arête de ce même chevron dans toute sa longueur.

Là le mal eût pu être beaucoup plus grave. En supposant que l'étincelle électrique ait été plus vive, au lieu de déchirer et de labourer le chevron, elle l'eût enflammé et, en communiquant ainsi le feu intérieurement et au faîte de l'édifice, on eût été dans l'impuissance d'arrêter l'incendie. Mais ce n'est pas tout : une portion du fluide réagit et, faisant un angle de réflexion, alla buter contre le pied-droit gauche de la voûte du chœur qu'il traversa encore et alla sortir près de l'autel de Marie. Monsieur l'Abbé était à sa place dans la première stalle ; il avoua qu'il fut terrassé et qu'il ne dut son salut qu'à un parapluie en soie qui était près de lui et aussi à la grille en fer qui ferme l'entrée du chœur ; car il paraît qu'une portion du fluide s'étant lâchée sur la bandelette supérieure de cette grille, la suivit jusqu'à l'extrémité opposée où le fluide pénétra avec elle dans la pierre et la descella pour ainsi dire puis, se précipitant à terre, rompit un morceau du socle de la stalle du côté droit, glissa sous cette stalle, puis glissa encore derrière la boiserie qu'il écarta pour avoir le passage plus large, laissant son empreinte noircie sur le mur puis, s'élevant jusqu'au haut de la dernière croisée, il brisa un carreau, pulvérisa la pierre, abattit la ramée et, s'élevant encore, mit le feu à la toiture, suivit l'angle correspondant du toit qui se trouve couvert en fer-blanc, courut le long de cette arête jusqu'à la petite croix qui se trouve au faîte puis, courant encore le long du faîte, après avoir replié à distance les angles des feuilles de fer-blanc qui garnissent cette arête, il alla buter contre la tour après y avoir produit une certaine cavité peu considérable sans doute, ce qui se comprend facilement car, nécessairement, le fluide devait perdre de sa force en se divisant et en se combinant avec les éléments qu'il trouvait sur son passage.

Mais revenons à l'intérieur : la porte principale du tambour qui fait face au maître-autel fut fracassée dans sa partie inférieure et les éclats emportés avec violence jusqu'à l'extrémité opposée au sanctuaire, ce que prouve sans réplique un morceau de cette même porte enfoncé dans le cadre placé derrière le maître-autel et au milieu de la poitrine de Saint Roch. Plusieurs morceaux assez gros tombèrent aux pieds du grand crucifix, d'autres s'arrêtèrent à mi-chemin, mais, toujours est-il que si ces fragments de bois eussent été lancés au hasard dans toutes sortes de directions, ils auraient pu fait encore de nombreuses victimes ou en blesser au moins très grièvement.

Ainsi d'après cette esquisse, peut-on conclure que l'église entière fut comme enveloppée dans un réseau de foudre et qu'il est vraiment extraordinaire d'avoir si peu à déplorer. Deux tués, un soulier enlevé du pied d'un jeune homme, des sabots brisés aux pieds d'un autre, quelques brûlures, quelques paralysies momentanées, telles sont les conséquences de ce terrible sinistre qui laissera une impression ineffaçable dans la mémoire de la génération actuelle. Ajoutons encore le bonheur d'avoir pu détruire le feu à son début ; ce fut mon frère tout faible et brisé qui était parvenu à l'éteindre. Il n'abandonna sa lance que lorsque le danger fut passé.

Le lendemain à la même heure, d'une voix encore toute émue M. le Curé, dans une allocution courte mais touchante, fit toucher du doigt aux fidèles rassemblés pour la prière la grandeur du péril auquel nous n'avions, disait-il, échappé que par une protection particulière ; comme lui j'aime à penser qu'une main providentielle a dirigé les coups de la foudre et que nous avons été heureux dans notre détresse ; comme lui, j'aime à penser que Marie a veillé sur nous, rassemblés que nous étions pour demander sa protection et la supplier d'avoir pitié de nous ; il n'était pas possible de laisser périr un plus grand nombre de ses serviteurs. Elle n'a pas voulu que la confiance en son secours soit ébranlée et, comme il est dit dans la sentence qui Lui couronne la tête : « J'userai de clémence », d'un côté elle a voulu nous montrer le péril en nous faisant voir avec quelle facilité la mort exécute les ordres du Tout-Puissant, et de l'autre la reconnaissance que nous lui devons pour avoir été épargnés. Car, aux dires de tout le monde, la moitié des fidèles assemblés là auraient dû périr.

Enfin M, le Curé, tout plein de ce sentiment, a-t-il pris la résolution de célébrer annuellement cette protection spéciale par une messe chantée solennellement le 11 mai de chaque année.

Lors de la restauration de l'église par l'architecte déodatien Charles Cariage en 1893, des fenêtres furent percée dans l'abside. Le grand tableau de Saint-Blaise n'y avait donc plus sa place et il fut transféré au fond du collatéral nord, au-dessus des fonts baptismaux.

À l'occasion du relevage de l'orgue Callinet, en 2018, la municipalité a fait restaurer les murs derrière l'orgue et les fonts baptismaux ainsi que la voûte en plâtre du dessus. Ils en avaient bien besoin. Pour ce faire, le grand tableau a dû être décroché et, à l'initiative de l'association La Costelle et avec l’accord de la municipalité et de la DRAC, il a été envoyé à l'atelier de restauration Noëlle Jeannette à Bœrch près d'Obernay. Il en est revenu le vendredi 21 février 2020 et a été raccroché, non sans mal, au même endroit.

Le sculpteur et peintre Thomas Mathis

Ce peintre n'est cité que par le curé contemporain Vichard dans ses notes manuscrites de 1785 et 1787 qui le dit « allemand de nation » ce qui, vu l'époque, peut aussi bien dire alsacien qu'allemand au sens actuel du terme. On peut présumer qu'il est venu à Fraize à cause de la reconstruction de l'église incendiée en 1782 pour laquelle toute l'ornementation était à faire. Il résidait chez François Petitdemange au lieu-dit le Belrepaire et y resta, selon le curé Vichard, au moins trois ans, de 1785 à 1787. Il lui attribue les œuvres suivantes :

De toutes ces œuvres, il ne reste dans l'église que le grand tableau de Saint-Blaise et le grand Christ en croix (dans la nef). Que sont devenues les autres ? La transformation de l'église par Charles Cariage en 1893 les a-t-elle fait disparaître ? Les deux autels collatéraux et les statues de la Vierge et de Saint-Jean-Baptiste qui ont coûté cher (55 louis pour les autels), œuvres d'importance, ont disparu sans laisser de traces ?

On ne sait rien d'autre de Thomas Mathis, quoique certains lui attribueraient volontiers des tableaux dans les églises de la Croix-aux-Mines, Plainfaing et Clefcy, mais comme il ne signait rien, on ne peut que se perdre en conjectures.

Restauration du tableau de 2020

2014 - Fond du collatéral sud, l'autel de la Reconnaissance à la Vierge et sa grande toile marouflée (restauration de l'ensemble financée par La Costelle en 2014).
2017 - Fond du collatéral nord, l'état de la voûte au-dessus du tableau.
2017 - Préparation à la descente du tableau.
2017 - Le tableau est en sécurité à terre, les restaurateurs vont pouvoir l'expertiser 

L'association La Costelle, à la suite de la restauration financée par elle-même de la toile marouflée de l'autel de la Reconnaissance à la Vierge (fond du collatéral sud), s'était donné en 2014 l'objectif de faire restaurer le grand tableau de Saint-Blaise dont l'ensemble toile, peinture et cadre apparaissait très dégradé ; la voûte surplombant le tableau s'était, par suite des fuites de toiture durant des décennies, abaissée jusqu'à reposer sur le haut du cadre et avait perdu une partie de son plâtre  Le relevage (restauration) de l'orgue Callinet déclenché par la mairie, la réfection de l'environnement électrique, la restauration et peintures des murs avoisinants décidés, toutes les bonnes raisons pour mettre en œuvre le processus de restauration du tableau en route.


2020 - L'entrée du tableau une fois toile et cadre à nouveau solidarisés.
2020 - Intense réflexion avant le dernier effort.

À la demande de la municipalité et de La Costelle, Marie Gloc de la DRAC (Conservateur des monuments historiques, Conservation régionale des monuments historiques, Direction régionale des affaires culturelles Grand Est - site de Metz) est intervenue à l'église le 19 octobre 2016 pour une pré-expertise qui a servi de base à l'appel d'offre envoyé par la mairie aux atelier susceptibles d'effectuer les travaux.

L'ensemble cadre et toile pesant plus de 150 kg, c'est une entreprise spécialisée de Colmar qui a été chargée des opérations de décrochage puis ultérieurement de transport, et raccrochage.

Posé à terre, le tableau a pu être approché et expertisé par les ateliers intéressés qui ont rendu leurs propositions à la mi-novembre 2017.

La restauration des toile et peinture a eu lieu à l'atelier de Noëlle JEANNETTE et Julien CHAMPLON (Conservation Restauration de Peintures, 67530, Bœrch). Elle a duré un peu plus de deux ans à cause d'une surcharge de travail importante de cet atelier.

Consultez le devis détaillé

Consultez le rapport de restauration

La restauration du cadre a été effectuée par l'atelier de Stéphane LINDER (Restauration d'objets d'art, 68480, Wolschwiller) qui, compte tenu de la taille du cadre, s'était pour l'occasion transporté à Bœrch.

Consultez le devis détaillé

Consultez le rapport de restauration

Le retour du tableau et son raccrochage se sont passés à la satisfaction de tous le 21 février 2020, et il ne reste qu'à installer un système d'éclairage automatique, ce qui aura lieu dès que possible.

Financement de cette restauration

La DRAC (Direction régionale des affaires culturelles) ayant accepté de participer à hauteur de 50% aux frais de restauration, l'association La Costelle s'était engagée à payer le solde, mais il est apparu que la subvention de la DRAC était conditionnée au le fait que le propriétaire (la mairie) participe pour au moins 20 % au coût.

Le financement de cette restauration d’un coût total HT de 14142 € (toile + cadre) se répartit donc de la façon suivante :

NB : À noter que les travaux de restauration de œuvres d'art ne sont pas soumis à la TVA (article 293 B du CGI).


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© La Costelle. Dernière mise à jour le 07/05/2020 à 10:53 
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