Les célébrités honorées par « La Costelle »

Victor Lalevée

Biographie

Victor Lalevée,s'exprimant à la Mairie.

Victor Lalevée est né le 25 août 1878 au foyer d'Aubin Lalevée, menuisier aux Aulnes, à Fraize. Issu d'une famille dont l'histoire est intimement liée à celle de la Haute-Meurthe - un de ses ancêtres Pierre de La Levée, vivait au pied de la Chaume de Sérichamp au XVIIème siècle. Victor Lalevée était très attaché au beau pays valtinois ainsi qu'à Fraize où il s'installa dès sa retraite.

Instituteur au Grand-Valtin de 1907 à 1934, il voulait, comme le rapporte l'un de ses biographes et ancien élève George Baumont, faire de ses élèves plus et mieux que des lauréats de certificat d'études : des hommes et des citoyens.

Soucieux d'adapter sa pédagogie à la réalité, à la vie du village, il choisit d'exercer sa mission d'éducateur avec originalité. les cours de ski (fabriqués à l'école) qu'il prodigua à ses élèves lui valurent par exemple la visite du ministre de la guerre Noulens en 1912.

Bien souvent, il puisa dans l'histoire de la région pour communiquer à ses élèves sa passion immodérée pour les légendes et coutumes locales, ainsi que son profond attachement à la vallée de la Haute-Meurthe.

En juillet 1957, il reçoit de l'Académie d'Alsace, le prix Léon Boll pour son ouvrage « À l'ombre des Hautes-Chaumes »

Rééditée dans sa version originale, celle de 1957, l'Histoire de Fraize et de la Haute-Meurthe demeure l'incontournable ouvrage retraçant le passé de la vallée.

Victor Lalevée est décédé à Fraize, dans sa 84ème année, le samedi 6 janvier 1962.

Depuis le 25 février 1962, la voie jusque là désignée « artère du Bâtiment administratif » (poste et perception) porte le nom de « rue Victor Lalevée ».

Notre écrivain local n'est plus (les Annonces des Hautes-Vosges)

L'année a à peine entr’ouvert sa porte que, furtivement, la grande faucheuse s’est faufilée dans notre cité pour y commencer sa moisson.

Aujourd’hui, nous déplorons la de M. Victor LALEVÉE, écrivain et poète local dont notre ville était fière à juste titre.

Samedi après-midi, vers 15 heures M. LALEVÉE, pris de malaise, abrégea sa promenade quotidienne pour rentrer chez lui. Il reçut immédiatement les soins que nécessitait ce qui semblait être une indisposition passagère. Mais ni le Docteur ni les soins ne pouvaient enrayer la marche inexorable du destin et, sans agonie, on pourrait presque dire sans souffrance, vers 18 heures, cette vie, qui toujours a monté, s'éteignait brusquement.

À Madame LALEVÉE, sa veuve éplorée qui l’entoura de tant de soins affectueux, à ses frères et sœurs qui l’assistaient, nous ne pouvons qu’adresser l’expression de nos condoléances émues.

L'Homme n’est plus, l’Œuvre reste. Au terme d’une vie toute de dignité, d’honneur et de travail, il est consolant d’en retracer la ligne.

Victor Lalevée.

Instituteur, M. Victor LALEVÉE ne laissa, dans les postes qui lui furent successivement confiés, et principalement au Grand-Valtin où il exerça pendant 28 années au cours desquelles il s’intégra à la la population rurale de ce petit hameau, qu’admiration respectueuse et regrets. Il éleva sa profession à la hauteur d’un sacerdoce, se penchant sur le cœur autant que sur l’esprit des enfants qui lui étaient confiés et, à l'âge d’hommes, nombreux furent ceux des ses anciens élèves qui avaient recours à lui dans les circonstances difficiles de leur vie. Ils savaient y trouver la compréhension, le conseil, les encouragements dont ils avaient besoin.

Lorsque l’âge de la retraite sonna, M. LALEVÉE revint dans sa maison des Aulnes. Issu d’une des plus anciennes familles de Fraize, plusieurs générations de LALEVÉE s’y sont succédées. Il fut tout indiqué pour remplir dans notre cité certaines charges honorifiques où sa compétence et son dévouement furent mis largement à contribution. Suppléant du juge de paix, administrateur de la Caisse d’Epargne et, en l’absence de conseil municipal, administrateur de la commune lui valurent en plus de l’estime et de la reconnaissance de ses concitoyens, les distinctions suivantes : chevalier de la Légion d’Honneur, officier des Palmes académiques, chevalier du Mérite Social. Le pays, lui aussi, avait su reconnaître son dévouement à la collectivité.

Mais, à côté de cette vie publique, il y en avait une autre — son petit coin bleu, pourrait-on dire — à laquelle les Annonces des Hautes-Vosges désirent rendre hommage. Depuis la ré-apparution de ce journal en 1947, M. Victor LALEVÉE fut un collaborateur dévoué et bénévole de cette petite page locale. Il y apporta généreusement son talent littéraire et nous étions heureux et fiers de publier ses écrits et de diffuser sa pensée.

M. LALEVÉE, au physique comme au moral, possédait les caractéristiques de cette race plus vosgienne que lorraine dont il était issu.

De taille élevée, assez corpulent, l’âge n’avait que peu courbé sa taille, avec son front haut, son regard intelligent et bon, sa barbe blanche en éventail qui adoucissait encore son visage, il personnifiait bien le barde vosgien qu’il était. Sa voix calme, mesurée, sa courtoisie, sa politesse raffinée en faisaient l'ami des plus humbles comme des plus grands. Il avait aussi cette ténacité montagnarde, cette continuité dans l’effort qui, jointes à son talent, en firent un écrivain, un historien que nos lecteurs, qui eurent toujours la primeur de ses œuvres, ont su aprécier.

Comme ces glaneuses du temps jadis, il a su réunir, épi par épi, une moisson de récits vivants, parfois satiriques et, soulevant d’une main légère les voiles du passé, il recréa pour nous la vie calme, fruste, avec ses joies simples et ses pages glorieuses, des habitants de notre vallée de la Haute-Meurthe. Ses livres :

« Au Pays des Marcaires » où il donna une place importante à ce village du Valtin qu’il affectionnait, « A l’Ombre des Hautes-Chaumes » où sa poésie naturelle se livre dans des récits du folklore vosgien, « L'Histoire de Fraize et la Vallée de la Haute-Meurthe », fruit de plusieurs années de patientes et laborieuses recherches, connurent notoriété et intérêt bien au delà de notre contrée.

Nombreuses furent les lettres élogieuses qui consacrèrent son talent et nous fûmes très heureux quand, en juillet 1957, l'Académie d'Alsace, sous la présidence de M. René Spæth, et d'une nombreuse délégation de ses membres vint en notre ville lui remettre le Prix Léon Boll, l'un des principaux prix littéraires de cette Académie, décerné pour son œuvre&nbnsp;: « À l'Ombre des Hautes-Chaumes&nbnsp;». Cette distinction, qu'il accepta avec sa simplicité coutumière, lui fut particulièrement douce, nous en sommes certains.

Le but de M. LALEVÉE, dénué de toute ambition matérialiste, était de faire mieux connaître et aimer à ses concitoyens ce petit coin de terre natale qu'il aimait lui-même passionnément. Et ce but, il l'a atteint, il fut la pierre de touche qui suscita l'intérêt de toute une population rurale et ouvrière qui jusqu'alors avait continué l'œuvre de ses ancêtres sans s'être penchée sur ses origines.

Par ses récits, M. LALEVÉE restera l'écrivain local qui, ainsi que son vénéré Maître, M. Eugène MATHIS dont il se rappelait souvent dans ses écrits, contribua à sortir de l'oubli ce petit coin des Vosges.

Ainsi, cher M. LALEVÉE, sera atteint le seul but que vous ambitionniez. Au terme de cette longue vie de droiture qui ne semblait jamais finir, car votre esprit resté si vif faisait oublier votre âge, il est réconfortant pour tous ceux que vous laissez et qui vous aimaient de songer que votre œuvre restera bien vivante et que, bien après que nos yeux se seront fermés, les générations futures la connaîtront et lui rendront hommage.

Toute vie, si bien remplie fut-elle, avec ses joies, ses peines, a une fin. Ainsi le veut la loi universelle. Mais il est quelques privilégiés dont vous faîtes partie dont le nom ne connaîtra pas l'oubli.

De ce petit coin de Fraize, dans cette terre que vous avez tant aimée, et dont vous avez chanté les beautés, l'âpreté, la cruauté même, cette terre qui vous enveloppe aujourd'hui et vous sera légère, le rayonnement de votre pensée demeurera un hommage vivant de vos œuvres et de votre vie exemplaire. Puisse le flambeau du folklore fraxinien que vous avez contribué à porter si haut trouver dans un avenir proche un relais digne de ses prédécesseurs, afin que sa flamme haute et claire continue à briller au cœur de notre petite ville de Fraize dont vous resterez, à jamais, un de ses meilleurs enfants.

Les obsèques de Victor LALEVÉE (les Annonces des Hautes-Vosges)

Paroles d'adieu prononcées devant la tombe par Victor MOREL, au nom des anciens élèves de l'école du Grand Valtin.

Mesdames, Messieurs,

Nous voici, nombreux, pieusement recueillis devant la tombe [de Monsieur Victor&nnbsp;LALEVÉE.] Celui que nous accompagnons à sa dernière demeure fut un remarquable éducateur, un érudit, un lettré, un écrivain régional de grande classe, et plus encore.

Mais, pour les anciens élèves que nous sommes — et pour d autres encore - ce fut un bon et brillant instituteur, un Maître d'École que l'on peut, aujourd’hui comme hier, dire qu’il fut toujours un « Saint Laïc ».

Photo Laplanche, Fraize.

Nombreux furent, en effet, les élèves de Monsieur LALEVEE, à cette belle et magnifique École du GRAND VALTIN, ce joli coin des Vosges qu'il chérissait tant, où il enseigna avec son cœur et son âme de 1907 à 1934, soit pendant 28 ans.

Je fus, avec de nombreux camarades, un de ses modestes élèves qui venaient chaque jour de fermes écartées ou de maisons éloignées, apprendre à lire, à écrire et à compter, sous la dictée et l’œil bienveillant du Maître qui nous accueillait tous avec une bonté paternelle.

Sa mission principale, un vrai apostolat, était de faire des hommes avec des enfants chaussés parfois de modestes sabots de bois blancs, issus de familles souvent pauvres, mais laborieuses.

Pour Monsieur LALEVEE, l’instruction Primaire, avec le calcul, la grammaire, la géographie, l’histoire et la morale, le tout sanctionné par un brillant, Certificat d’Etudes auquel il tenait tant, ce n’était pas suffisant.

Pour lui, l’enfant, l'écolier, l'adolescent, le citoyen de demain, devait continuer à s’instruire. C’est pourquoi, pendant plusieurs dizaines d’années, il sut attirer à lui les jeunes gens dégagés de toutes obligations scolaires, pour parfaire leur éducation, compléter leur formation intellectuelle, les guider et leur faciliter, sous les formes les plus diverses, leur entrée dans la vie, les encourageant à aimer et servir la société et le Pays.

C’est pourquoi ses Cours d’Adultes, si bien préparés, étaient suivis, le soir, par un auditoire toujours plus nombreux, où chacun venait y puiser les bienfaits d'une instruction complémentaire si nécessaire pour eux-même, pour leur famille et pour la collectivité.

Il poussa même le désir de rendre aux Grand-Valtinois, et à d’autres, d’inoubliables services, pour supporter plus facilement les dures et longues périodes d’hiver, en enseignant notamment la confection familiale et la pratique du ski, de façon peu onéreuse et utile.

Il eut — et ce fut un grand plaisir pour lui — l’honneur doublement méritoire d’accueillir à l’école du Grand-Valtin, en février 1912, Monsieur Noulens, alors Ministre de la Guerre, lequel fut très surpris, à l’époque d’être reçu et escorté par une équipe de très jeunes écoliers chaussés de skis.

Photo Thévenon (?).

J’ajoute encore à cela — il y aurait tant et tant de choses à rappeler — tout l’intérêt qu'il n’a jamais cessé de porter à la Préparation Militaire des jeunes gens, où chaque dimanche, ou presque, il se dépensait sans compter : au tir, à l’étude et à la lecture des cartes géographiques, aux différents sports, à la marche, au tourisme, à l'étude sur place de la Nature et des Montagnes, des oiseaux et des animaux, et j’en passe.

Voilà, trop brièvement résumées, quelques-unes des nombreuses activités, fécondes et utiles, de Monsieur LALEVÉE, Instituteur effacé, serviable, aux mérites appréciés de tous dont, avec tant d'autres, j'ai reconnu la valeur inestimable, la gentillesse, l'affection, la paternité, la patience et la bienveillance.

Permettez-moi d'ajouter que la personnalité de Monsieur LALEVÉE était aussi, et en plus, caractérisée par trois qualités rarement réunies chez un homme aussi éminent : sa bonté, son esprit et sa modestie.

Tout, dans son passé, dans sa vie quotidienne exemplaire, dans ses écrits, comme dans sa brillante carrière, nous convie à la méditation, au respect et à la reconnaissance.

D’autres voix, plus autorisées que la mienne vont, avec plus de précision, retracer la vie si bien remplie de Monsieur LALEVÉE pour qui être instituteur c’était, non pas un métier comme tant d’autres, mais comme une vocation sacerdotale.

Faisant l’éloge de son regretté Maître : Monsieur&n bsp;Eugène MATHIS, Monsieur LALEVEE écrivait un jour cette phrase admirable et reconnaissante :

« C’est une des fiertés de ma vie d’avoir été son élève ; de tous les éducateurs de mon enfance et de ma jeunesse, aucun n’a laissé en moi une emprise aussi profonde. »

Nous pouvons, nous ses anciens élèves, présents et absents, faire la même confession à notre cher et regretté Maître qui, pour nous, fut toujours si dévoué.

Chère Madame LALEVEE, mon cher Pierre, cher Monsieur Henri LALEVEE, et toutes vos familles éplorées, je vous exprime nos condoléances les plus affectueuses et m’incline religieusement devant la dépouille respectable de votre cher défunt, de notre Maître aimé, respecté et vénéré.

Adieu mon cher Maître, adieu à l’Ami de toujours à qui, comme tant d’autres, je dois beaucoup.

Reposez en paix, vous l’avez bien mérité.

Que notre pensée affectueuse vous accompagne dans la tombe. Et soyez assuré que vous emportez avec vous [...].

Victor Lalevée,à sa table de travail.

Bibliographie

Aujourd'hui encore, on relit avec bonheur les pages d'histoire et légendes régionales, ô combien vivantes et documentées, que Victor Lalevée nous a laissées :

                                                       

Les deux derniers sont disponibles à la bibliothèque municipale.

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© La Costelle. Dernière mise à jour le 09/04/2019 à 16:56 
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