Les monuments remarqués par « La Costelle »

Le Tacot de la guerre 1914-18

Pourquoi un Tacot (chemin de fer à voie étroite)

La guerre de mouvement débutée en août 1914 fit rapidement place, notamment à proximité des hauteurs des Vosges, à une guerre de positions. On put ainsi concevoir toute une infrastructure destinée à alimenter le front. Au début de la guerre, les transports étaient assurés par des hommes, chevaux et mulets. Ils étaient lents mais pouvaient passer par chemins les plus étroits. L'armée procéda dès que possible à l'amélioration de ceux-ci, à la construction de routes, puis, à partir de 1916, à la mise en place de voies de chemin de fer. Construites par les Régiments d'Artillerie à Pied, elles étaient à voie étroite (60 cm d'écartement) ce qui permettait la mise en place des tronçons de voie par des équipes légères de 4 hommes, acceptaient des virages très serrés (rayons de 20m) et requérant ainsi peu un minimum d'ouvrages d'art :

« Pour transporter plus facilement et plus rapidement les troupes, les pièces d’artillerie, le ravitaillement, les munitions et le lourd matériel, on a établi à grands frais un chemin de fer à voie étroite, qui part de la gare de Fraize, passe à Plainfaing, suit la vallée de Habeaurupt jusqu’au Rudlin et au Valtin. » (Victor Lalevée).

On pouvait rencontrer sur ces voies des locomotives de types divers : Decauville, Péchot-Bourdon, Kerr Stuart, Baldwin et ALCO, des locotracteurs : Schneider, Crochat, Baldwin et des wagons : Péchot, Decauville et Pershingait. Les locomotives les plus utilisées ont été les Péchot, mais du fait de la construction de bon nombre d'entre elles aux USA et en Angleterre où les systèmes de mesures étaient différents, les cotes des pièces variaient selon l'origine et la maintenance en était de ce fait compliquée.


Locomotive Decauville
Locomotive très commune Péchot.

Le réseau au départ de la Gare de Fraize

Depuis décembre 1876, une voie à écartement normal (1,435m) venant de Saint-Dié, arrivait à la gare de Fraize. Elle était de tout premier intérêt stratégique pour l'armée. De là, pour transporter plus facilement et plus rapidement les troupes, les pièces d'artillerie, le ravitaillement, les munitions et le lourd matériel nécessaire, on établit dès 1915, à grands frais, un chemin de fer à voie étroite. On l'appela le Tacot. Il était principalement tiré par des locomotives Decauville, puis Péchot-Bourdon.

Ce petit train desservait trois destinations que nous décrit Jean Cordier :


Dans les endroits par trop exposés à la vue de l'ennemi, les pionniers de la voie de 0m,60 ont construit des tunnels soigneusement couverts.

Du Rudlin au Gazon du Faing, un funiculaire remonte en droite ligne, à travers la forêt, les pentes à pic de la montagne, avec une différence d'altitude de 5oo mètres pour 2km environ. C'est dire que la pente est très forte.

Du Gazon du Faing, un câble aérien, (la Ficelle!) porte vivres et munitions jusqu'au Lentzwasen, en Alsace, par une descente aussi rapide. Un autre va jusqu'au Lac de Daren ; enfin un dernier part du Tanet et se rend non loin de Sultzeren. Tous ces petits trains remplacent avantageusement les chevaux, les mulets, les chiens de l'Alaska et les traîneaux.

Rien de plus original que de voir passer le petit Tacot avec ses charges hétéroclites ! Derrière sa minuscule locomotive suivent quelques wagons où s'entassent des caisses de vivres, de cartouches, de grenades, des torpilles, de lourds obus, des tôles ondulées, des poutres, des planches, des balles de foin. Souvent, au-dessus d'un échafaudage savamment édifié, entre des caisses et des ballots, on aperçoit des groupes de permissionnaires munis du bidon et des musettes gonflées.

D'autres fois le petit train transporte en hâte des poilus. Ils vont à l'attaque, ils partent en renfort. « Pauvres hommes, dit-on en les voyant passer, ils vont à la boucherie!...»

Et le Tacot file, file toujours en déroulant le long des routes, ses épaisses volutes de fumée blanche!...

Jean Cordier omet de parler du câble transporteur aérien qui partait de la gare terminus du Valtin, au lieu dit Le Meix de la Croix et grimpait au Gazon Martin...

Les lieux « chauds » qui étaient desservis

La gare des Roussels alimentait le front du nord-est vers le Violu.

Les voies parallèles au crêtes et rejoignant Le Valtin par le Rudlin (complétées par les funiculaires et téléphériques) alimentaient le front du sud-est, entre autres la Tête des Faux, le Linge et plus au sud le Hartmannswillerkopf.



Tronçon gare de Fraize à gare des Roussels via Plainfaing et le Fer à Cheval

Le Tacot en gare de Fraize. Les maisons à l'arrière plans existent toujours.
					Elles bordent la route 415 (aujourd'hui rue du Dr Durand) qui mène vers la droite
					à Plainfaing et de là au Fer à Cheval, au Col du Bonhomme et à l'Alsace
Le Tacot (locomotive Péchot) en gare de Fraize.Les bâtiments en bois à l'arrière plan 
					servaient de garage pour les locomotives.On les voit sur la droite de la photo de gauche.
Percement de la voie aux Poncez en direction de la gare des Roussels
Le Tacot en gare au terminus des Roussels, entre les cols des Journaux et de la Séboue.

Tronçon Fer à Cheval vers Col du Bonhomme, gare du Ruhlock, puis la Schlucht et le Hohneck

Le Tacot sur le côté de la route 415 vers le Col du Bonhomme.La locomotive semble ête de type Meyer-Decauville
Le Tacot près du Col du Bonhomme venant de la gare du Ruhlock.

Le long de la route de crêtes, la voie passe devant la ferme du Tanet (octobre 16).Noter que les wagons sont tirés par des chiens.
La gare du Tacot du Ruhlock. Fin du tronçon
L'un des ouvrages d'art sur les crêtes (où ?).

Tronçon Plainfaing, le Rudlin, le Valtin

Le Tacot vers Plainfaing, le 5 octobre 1916, devant l'hôtel du Rudlin.
					Noter l'inondation provoquée par la Meurthe qui vient de recevoir le ruisseau du Luschbach 
					et coule en passant sur la gauche, derrière l'hôtel.
Le Tacot en gare au Rudlin à côté de la chapelle, en direction du Valtin.

La gare du funiculaire au Rudlin. La voie s'en va vers la gauche.

La voie du funiculaire du Rudlin. Déclivité de près de 500 m pour une longueur de 2 km.
Arrivée d'un train du funiculaire au Gazon du Faing.

Départ d'une nacelle du téléphérique, de la gare située au terminus du Valtin,vers le Gazon Martin. Au premier plan, la Meurthe.
Arrivée de nacelles à la gare du téléphérique au Gazon Martin.

Que reste-t-il du Tacot ?

De nos jours, il reste peu de traces des voies du Tacot qui a rapidement été démantelé après la guerre.

La gare des Roussels à Fraize (la Séboue) de nos jours.
Le panneau apposé à la gare des Roussels par notre ami Jacky Brultey.

À Fraize, on peut suivre par endroits la trace de la voie qui menait du Fer à Cheval sur la route 415 à la gare des Roussels (entre les cols des Journaux la Séboue). Celle-ci porte encore l'empreinte du muret du quai et un panneau indicateur dû à notre ami Jacky Brultey en rappelle la fonction.

Du Col du Bonhomme vers le col du Luschbach, la gare du Ruhlock, le Calvaire,la Schlucht et le Hohneck, on peut suivre plus ou moins facilement le tracé de la voie.

De la gare du funiculaire du Rudlin au Gazon du Faing (gare du Ruhlock), il ne reste rien. Sa voie, en revanche, qui montait un peu à gauche de la Cascade du Rudlin, bien que démontée et reboisée a conservé quelques des traces dont des amas de fils de fer barbelés. Attention, ça grimpe !


Le remblai du tacot tel qu'on peut le voir de nos jours au lieu dit « Le Thalet » proche du Valtin. Au fond dans la brume, le Rudlin et le col du Luschbach.
Les fondations du télépherique telles qu'on peut les voir entre route et Meurthe à l'entrée du Valtin, au lieu dit « Le Meix de la Croix ».

Plus loin vers le Valtin, le long de la route au lieu dit Le Thalet on peut noter le relief de l'ancienne voie qui traversait les prés en ligne droite et, à la gare terminus peu avant le village, au lieu dit Le Meix de la Croix se trouvent encore les gros blocs de béton qui servaient d'ancrage au téléphérique grimpant au Gazon Martin.


Nos sources

Wikipédia : Les Chemins de fer stratégiques de campagne pendant la guerre de 1914-1918.

Jean Cordier : La Guerre de 1914-18 dans les montagnes de la Haute-Meurthe, Fraize, Imprimerie Fleurent, 1920, p. 28.

Victor Lalevée : Au Pays des Marcaires - Le Valtin - Le Grand-Valtin, Imprimerie Fleurent, 1950, p. 190.

Jacky Brultey, merci pour le dossier prêté contenant les photos et le plan des voies ci-dessus.


La Costelle, Yves BRUANT, mars 2019.