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Une maison de caractère : La maison Voinquel

Si les murs ont des oreilles, les pierres sont muettes. Dommage ! Que de choses pourraient-elles raconter sur cette maison...

Nous ne sommes, certes, pas de l'âge de pierre mais, solides comme un roc, avons maintenant passé le cap des 270 ans. Soyez en sûrs, notre mémoire ne nous fait pas défaut malgré notre grand âge !

C'est, en effet, en 1729 que M. Jacques REGNlER de COGNEY, seigneur du Ban de Fraize, décida de nous unir pierre sur pierre au lieu-dit « Les Prés de la Meule ». Nous avions pignon sur rue de la Costelle. Surnommées « la maison des Arcades » - nous en possédions 2 sur la façade Nord - et les corvées ayant apporté leurs pierres au moulin, les autochtones nous appelaient principalement « les Halles ». Ainsi, durant 60 ans, nous fîmes d'une pierre deux coups et reçûmes la vocation d'hôtel de ville moderne : s'y traitaient toutes les affaires qui avaient un rapport avec la municipalité et la justice. A cette époque, jugées dignes comme une pierre changée en pierre, nous entendîmes tous les secrets susurrés par les prisonniers. Durant les foires et les marchés, nous fûmes de taille pour la mise au carcan, si vous préférez l'exhibition au pilori : imaginez l'humiliation que devaient subir les fauteurs de troubles au dessus desquels un écriteau expliquait leur méfait ! Mais nous avons longtemps jalousé la finesse de nos cousines du joaillier. Rendez-vous compte qu'il fallait traverser la cuisine du geôlier pour accéder aux cachots ! Ce fut tout de même très lourd à supporter...

Nous ne jetons pas la pierre à la municipalité mais, alors que nous aurions préféré rester sous sa tutelle, notre séparation en deux lots fut prononcée en 1791 : année, vous vous en doutez, à marquer d'une pierre noire.

Joseph CUNY et son épouse Marie-Agathe BATREMEIX investirent le nord - les « Halles » - qui devinrent ensuite la propriété du sieur Mathieu KNUR, boulanger de son état. L'autre partie fut achetée par Jean Baptiste SALMON, marchand. Soit dit en passant, ce dernier créa, en 1804 « aux Prés Derrière : le Gerva maintenant », le jardin Salmon au centre duquel il fit construire un pavillon... vous savez, c'est là que se trouve aujourd'hui la porte de Fraize. De 1844 à 1865, cette partie ouest accueillit le premier bureau de poste : faites le rapprochement... C'est maintenant le Vidéo-Stop. Ensuite Monsieur le pharmacien DEISS y ouvrit une officine puis le bâtiment retrouva le cachet de la poste avant de se transformer en étude de notaire, lotie de quelques commerces. Ce qui nous fait bien rire c'est que dans les années 1870, là nous avons un petit trou de mémoire, messieurs KNUR et DEISS se retrouvèrent devant le juge de paix - tiens, un retour aux sources ! - Évidemment, le pharmacien n'était pas entendu pour des comptes d'apothicaire ; il reprochait, tout bonnement à son voisin, la construction d'un four près du mur mitoyen. L'affaire a été classée sans suite mais c'est quand même depuis cette date que nous sommes restées sous l'égide des boulangers.

Vous comprendrez qu'ayant dû traverser toutes ces vicissitudes nous nous soyons forgées un sacré caractère.

D'après « les Miettes d'Histoire Locale du 14 avril 1951 » « Les Cahiers de Jean-Baptiste HAXAlRE » J.B et F.M (publié dans le bulletin municipal Fraize 2004).

© La Costelle. Dernière mise à jour le 12/01/2013 à 08:13 
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