Les célébrités honorées par « La Costelle »

Joseph Valentin (1875-1964)

Joseph Valentin

Une vie partagée entre ses Vosges natales et Madagascar, avec un intermède à Dreux,en Eure et Loir où il avait pris sa retraite avant de « revenir à son village » en 1954.

Une de ses poésies, écrite à Tananarive, est pour moi la parfaite représentation de cette dualité et de la nécessité de maintenir « un fil conducteur ». J'en fait figurer deux strophes à la fin de ce texte.

On m'a demandé à moi Jacqueline, sa petite fille d'écrire sa biographie. C'est un grand honneur mais compte tenu de la diversité et de la richesse de ce personnage d'exception c'est une tâche difficile qui est plus un récit qu'une simple affaire de dates et de repères.

Il est né à Fraize le 29 janvier 1875 dans une famille très modeste résidant au Mazeville. Il avait une sœur et un frère ainés. De sa petite enfance il gardait le souvenir de sa grand-mère et de sœur Irène et son école enfantine. De 1880 1890 il fréquente l'école de Fraize. Après Joseph Colin il eût la chance d'avoir pour maître Eugène Mathis, le bon disciple du Directeur Colin. En 1885, Eugène Mathis qui stimule cet élève « paresseux et qui pourrait faire mieux s'il le voulait » lui fait passer le certificat d'études. L'année suivante il se classa 2ème de sa série II passe ensuite au cours complémentaire où il acquit un niveau d'instruction suffisant pour lui permettre de réaliser sa vocation : entrer au service des Eaux et Forêts. Admis au concours il est nommé garde domanial à Dreux (Eure et Loir) II y réside avec sa famille aux Fenôts, un hameau proche de Dreux. En 1905 il est admis à l'Ecole d'enseignement technique des Barres qui lui ouvre la carrière d'officier des Eaux et Forêts. A sa sortie de l'école il est affecté en qualité de Garde Général stagiaire dans les bureaux de la conservation de Bar-le-Duc. Il est ensuite nommé à Cornimont. Mobilisé il fait toute la guerre de 1914-18 d'abord au Cinquième Bataillon de Chasseurs à pied puis dans le Génie. Il rejoint son cantonnement le 13 Octobre 1919. Au vu de ses états de service il est promu Inspecteur. Il part pour Madagascar en 1924. Il y occupa les postes de Tananarive, Majunga, Ambositra et Fianarantsoa.

En 1930, il prit une année de congé pour préparer son retour en France l'année suivante. C'est au cours de cette année que j'ai vécu auprès de mes grand-parents à Fraize, d'abord au Grand-Hôtel puis dans un appartement loué au dessus du Bazar Dubach. J'y accumulai tant de bêtises qu'un beau matin mon grand-Père décréta qu'il fallait faire « mon balluchon » et me mena à pied à la petite école du Valtin et c'est ainsi que Victor Lalevée devint mon instituteur. Je lui dois ma curiosité intellectuelle et le goût de la lecture.

A leur retour définitif en 1932 mes grand-parents se fixèrent à Dreux, ma grand mère refusant de partir dans les Vosges. Mon grand-père y consentit à regret mais à condition de faire construire une maison sur un terrain suffisamment vaste pour qu'il y plante une pépinière, un grand jardin, un rucher (dont il fabriqua les ruches à la mode malgache avec de la paille liée de fil de fer). Cette décision qui plaisait à ma grand-mère qui avait apprécié la vie à Dreux lorsque mon grand père y était en poste, avait en outre l'avantage de me rapprocher de ma grand-mère paternelle à 12 kms de là. Louis Lalevée connaît bien cette maison où il fût reçu alors qu'il faisait ses études à l'Ecole d'Horlogerie. J'y ai passé dix années inoubliables jusqu'en septembre 1941 où j'ai pu rejoindre mes parents à Constantine.

Je me suis mariée à Casablanca où sont nés mes trois enfants. Mes grands-parents sont venus nous rendre visite en 1948 après le décès de ma mère, leur fille unique à Alger.

Ma grand-mère est décédée en février 1954 et j'ai appris par la suite que mon grand père avait rapidement tout liquidé à Dreux, n'important que l'essentiel pour s'installer à Fraize dans un petit appartement qu'il louait rue Eugène Mathis. A mon retour du Maroc en 1955 je suis venue à Fraize passer ma convalescence après une grave opération, avec mes deux plus jeunes enfants. Les années suivantes ils sont revenus avec leur frère aîné chez leur arrière grand-père pour les vacances. Ils en ont gardé le même souvenir que le mien, et il a apporté à leur éducation lors de ces séjours autant de richesse que j'en ai moi-même reçu. Au cours de l'hiver 1962, il fit une chute dans l'escalier de sa maison et demeura dans le couloir d'entrée jusqu'au retour de l'usine de la locataire du rez de chaussée. Cet accident eût pour suite une grave congestion et après un court séjour à l'hospice de Fraize, il partit pour l'hospice de St-Die où nous lui rendions visite en alternance, mes parents et moi.

Rien ne peut plus le caractériser que cette anecdote : en janvier 1963, 1e jour de son anniversaire je reçus un coup de téléphone affolé d'une des sœurs de l'hospice. Il avait le matin à son lever demandé qu'on lui prépare un « casse croûte » pour lui permettre de partir faire un petit tour - ce qu'il faisait de temps à autre. Le soir ne le voyant pas rentrer les soeurs étaient fort inquiètes. Je me préparais afin de pouvoir partir à St-Die le lendemain matin lorsque je reçus un nouvel appel : il était bien rentré. Au téléphone il m'expliqua, tout en ronchonnant après les sœurs dont la sollicitude l'énervait un peu, qu'il avait voulu « tester ses jambes » : Il était allé en ce jour d'hiver enneigé jusqu'au col des Stes Marie aux Mines ! Il était particulièrement têtu !

C'était un érudit qui savait faire partager son savoir : pour moi et ses arrière petits enfants sa science était illimitée et nous nous souvenons tous des enseignements reçus au cours de nos marches en montagne au Bagenelles ou sur la route des Crêtes ou lorsque nous franchissions la montagne pour nous rendre à Clefcy chez les cousins. Il connaissait toutes les campagnes Napoléoniennes... Je n'en suis pas surprise depuis que j'ai appris qu'un aïeul Valentin s'était illustré comme officier du 1er Empire et figurait au Mémorial de Ste Hélène.

Ces deux strophes sont extraites d'un poème intitulé « La chanson des Brimbelles » et écrit à Tananarive (Madagascar) par Joseph Valentin :

Cette biographie a été rédigée au début de 2007 par Madame Jacqueline Monod, dans le but d'être publiée sur ce site. Merci Madame !

« Consultez des textes de Joseph Valentin »

Note de « la Costelle » : Ce Joseph Valentin ne doit pas être confondu avec deux homonymes, contemporains et également remarquables, dont l'un a donné son nom à l'ancienne route du bois de l'Ange qui borde la ligne de crête nord entre Fraize et Mandray, et l'autre fut maire de Plainfaing.

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© La Costelle. Dernière mise à jour le 12/01/2013 à 09:13 
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